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Informatique et psychologie

Informatique et psychologie

Selon vous, qu’est-ce qui fait qu’on en arrive à ce genre de situation ?

Dans mes débuts de pilote de projet, j’ai eu à piloter un projet chez un grand compte européen. Le directeur du pôle était un ancien pilote de chasse de l’armée française. Le chef de projet client n’avait encore jamais piloté de projet d’envergure.

On nous a présenté le projet par de multiples schémas de principe, avec quelques graphiques bien torchés, un peu comme celui de la balançoire ci-dessus, chacun y mettant de sa patte dans les objectifs attendus. On devait avoir un avion de chasse à l’arrivée. Ca devait rouler…

Sauf qu’il y a 10 façons de ne pas se comprendre selon Bernard Weber :

entre

ce que je pense

ce que je veux dire

ce que je crois dire

ce que je dis

ce que vous avez envie d’entendre

ce que vous croyez entendre

ce que vous entendez

ce que vous avez envie de comprendre

ce que vous croyez comprendre

ce que vous comprenez

et si on ajoute

ce que vous avez envie de faire,

ce que vous croyez qu’il faudrait faire,

ce qu’il faudrait vraiment faire,

ce que vous n’allez pas faire,

ce qu’il ne faut pas faire, 

ce qui va être fait quand même

ce que votre ego vous dit comment faire mieux que les autres,

On peut dire que ces propositions résument très bien la manière dont le projet s’est déroulé.

Il fallait faire vite, alors il a été décidé de démarrer les développements avec une spécification disons … à peine ébauchée. A l’époque, on ne parlait pas encore d’agilité, et j’allais du coup apprendre deux enseignements profonds :

  • ne jamais confondre vitesse et précipitation
  • c’est quand même mieux de savoir où l’on va avant d’y aller

Les premières semaines sont un peu chaotiques mais on arrive à se comprendre, du moins, c’est ce que l’on croit tous.

Jusqu’à la livraison des premiers développements.

A cause d’une spec et d’un besoin en cours d’élaboration, en même temps que des dév en cours, il a fallu faire puis défaire puis refaire puis re défaire puis re re faire.

Alors on a trimé, tous, parce que le temps passait, la pression montait et le produit n’était toujours pas prêt. Le directeur pilote de chasse nous tirait dessus à boulets rouges et mitraillait à tout berzingue tous ceux qui passaient dans son bureau pour lui expliquer les retards. Il a fallu faire preuve de rigueur et de méthode pour lever les problèmes qui s’accumulaient de façon quasi exponentiels.

A cause d’un projet mal cadré et d’un besoin mal défini, la situation devenait très tendue. Le client retrouvait son instinct de guerrier en situation de combat. Il fallait tenir l’équipe de dev à bout de bras pour qu’ils tiennent jusqu’au bout. La commerciale ne savait plus quoi faire pour calmer la situation. Notre patron commençait à avoir des sueurs froides et voyait se dessiner à grand pas l’ombre d’un procès.

Il fallait donc faire autant de psychologie que d’informatique et de méthode pour délivrer, et en même temps que la mise en oeuvre des compétences techniques de mon métier de chef puis directeur de projet, j’ai pu alors exploiter les premiers fruits de mon travail intérieur : patience, rigueur, détachement, zenitude, rester ouvert aux solutions… auxquelles se sont ajoutées des compétences issues de formations bienvenues : efficience, écoute active, communication, et finalement d’un coaching salvateur d’un pair plus expérimenté, pour mieux appréhender les aspects humains de ce projet.

Jusqu’à ce que, après des dizaines et des dizaines de bugs et quelques avenants, le client signe enfin le PV de réception définitive du projet, et notre libération. En fin de compte, et après avoir travaillé au corps une relation professionnelle pour le moins épique avec tous les acteurs client, le métier a pu enfin oeuvrer à sa tâche nouvellement armé d’un SI tout propre.

J’ai rarement plus appris d’un projet qu’avec celui-là. Certes, certains acteurs y ont laissé des plumes. Le directeur pilote de chasse est parti à la retraite avant la fin du projet. On y a passé presque 3 ans au lieu de 1.5 an. Mais plusieurs d’entre nous en sommes sortis grandis et plus forts, surtout dans la prise en compte des aspects humains d’un projet informatique.

Et depuis, je fais en sorte que les projets que je pilote se passent bien mieux que celui-là pour tout le monde et garantissent un résultat à la hauteur des attendus du métier.

C’est plutôt formateur finalement de construire la balançoire qui va bien…

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