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A quel point le DSI sait-il faire le grand écart ?

A quel point le DSI sait-il faire le grand écart ?

Laissez moi vous raconter l’histoire d’Etienne, un jeune ingénieur informatique sorti de stage et intégré il y a 16 ans dans une entreprise dont l’outil informatique a été conçu et développé par le patron de l’époque.

Etienne devait s’occuper de l’infrastructure : un simple serveur dédié hébergé en interne sur lequel déployer une architecture adéquate pour gérer la future montée en puissance du système.

A l’époque, Internet n’était pas aussi présent dans nos vies que maintenant mais le patron avait eu cette intuition géniale qu’il fallait très vite s’y mettre. Il a alors orienté son outil informatique pour une utilisation multi utilisateurs, à la fois comme outil de gestion, mais aussi comme extranet pour certains partenaires.

A l’époque, on ne parlait pas de RGPD, la sécurité des sites était juste affaire de mots de passe à cacher, côté technologies de développement, algorithme, base de données : minimum syndical. L’objectif était de faire le taf, et l’outil en question faisait très bien le taf.

Le temps passe et le business grimpe en flèche. Le nombre de collaborateurs, et donc d’utilisateurs du système, fait + 20 très vite, puis de nouveau + 30 après quelques mois.

Il faut recruter des développeurs car les besoins fonctionnels arrivent et ont des difficultés à être jugulés. Mais voilà, le patron part en retraite et laisse Etienne comme responsable de l’informatique. Une belle promotion pour Etienne, mais aussi le début de bien des soucis pour lesquels il était loin d’être préparé !

Etienne a certes acquis quelques années d’expérience et pas mal de compétences fonctionnelles sur le système.

Il recrute des développeurs, s’appuie sur des solutions open source émergentes pour gérer les besoins de base. L’entreprise se structure. Etienne est au four et au moulin.

Il faut continuer à faire fonctionner l’infrastructure pour gérer la montée en puissance du système. Mais il est aussi le sachant, il rédige donc à la hâte des notes qui tiennent lieu de « spécifications » pour les développeurs, qui font office de formations également.

A votre avis, quelles sont les conséquences ?

L’entreprise ayant grandi plus vite que l’outil, les utilisateurs n’étaient pas toujours satisfaits des fonctionnalités, des délais donc des équipes informatiques. Ces mêmes équipes passaient pour responsables des difficultés. Donc le turn-over des informaticiens a augmenté, remplaçant des développeurs familiers du système par de nouveaux collaborateurs, moins opérationnels….. D’où un premier grand écart pour Etienne !

Mais Etienne est un héros et un battant ! Il compense les faiblesses de son dispositif en y passant ses soirs et ses week ends. D’autant que le budget informatique est restreint. Malgré l’évolution de la boîte, les investissements informatiques ne suivent pas à la hauteur du volume des demandes métier. Donc il faut s’appuyer sur des « briques » toutes faites chez des partenaires tout en veillant à garder le savoir-faire en interne, et ne pas trop divulguer d’informations à l’extérieur : directives du nouveau patron ! D’où nouveau grand écart !

Et comme les nuages s’accumulent (nouvelles menaces cyber, fragilité RGPD, obsolescence de certains matériels, de certains blocs logiciels, etc.), et qu’Etienne a pris l’habitude de prendre sur ses épaules, et de se jouer des difficultés, il se censure, il n’a pas le goût d’affronter le nouveau directeur financier qui a pour passe-temps de rogner dans toutes les dépenses alors que l’activité augmente…. Donc il se dit qu’il trouvera bien une solution, avec les moyens du bord ! Nouveau grand écart.

ET c’est là qu’intervient le confinement. Officiellement, les équipes informatiques ne sont jamais passées en chômage partiel, mais tout ce qui était géré en flux tendu (donc la vie normale) est devenu soudain plus compliqué et de nombreuses impasses se sont révélées au grand jour, y compris la défaillance d’un prestataire….. Nouveau grand écart.

Mais le confinement a été mis à profit par les dirigeants de l’entreprise pour repenser certains processus, certains métiers et pour fixer de nouvelles priorités sans remettre en cause immédiatement l’existant …. Avec des exigences croissantes de la part des utilisateurs qui attendent de l’outil informatique un avenir qui chante davantage et qui élimine toutes ces aspérités informatiques. A votre avis, les articulations de la hanche d’Etienne, elles sont dans quel état ?

A un moment, il faudra bien  l’état des lieux et remettre en ordre de marche les projets, les systèmes, les outils, voire repenser le système dans sa globalité….. Selon vous, quel est l’état d’Etienne après toutes ces années ? Comment choisir les priorités entre colmater les brèches ? Etienne est-il audible pour obtenir un doublement de son budget et remédier à tout le retard accumulé ou les mauvaises directions prises à la hâte ?

Mais au fait, est-ce bien nécessaire de doubler le budget ? Avec le confinement, l’argent semble devenu facile mais quelle est la réalité du besoin en investissement ? Est-ce que l’architecte du système informatique de votre entreprise est le mieux placé pour décider de couper une jambe ici, un bras là, pour rendre le système plus flexible ?

Faut-il challenger vos équipes par un oeil neuf ?

En attendant, savez-vous déceler les signes avant-coureur du « burn out » chez votre DSI et sa capacité à faire de nombreux grands écarts ?

Article publié sur LinkeDin le 27/07/2020

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